L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, Walter Benjamin

Walter Benjamin analyse la reproductibilité à travers ses époques pour souligner la particularité de cette fonction de reproduction au cours du XXeme siècle.

 

L'unicité

Ce qui caractérise une oeuvre d'art, le hic et le nunc , "l'unicité de son existence au lieu où elle se trouve" se retrouve déplacée suite à sa reproduction. L'oeuvre d'art est ainsi plus immédiate, "la reproduction rend l'oeuvre reproduite contemporaine du spectateur. L'aura d'une oeuvre d'art s'étiole alors, car Walter Benjamin la définit comme "l'unique apparition d'un lointain" alors que la reproduction rend les choses plus proches de soi et dépossède l'oeuvre de tout phénomène d'unicité.

 

La reproductibilité

Or l'apparition de la photographie, et de surcroit du film par son inhérente reproductibilité, bouleverse l'aura et crée un autre statut pour ces nouvelles pratiques.

"En multipliant les exemplaires, elle substitue son occurence unique par son existence en série" (p15)

"elle actualise l'objet reproduit (cela le rend contemporain du spectateur."

"Par la reproduction, on veut posséder l'objet d'aussi près que possible dans sa reproduction" (p17)

 

 

Le culte

L'oeuvre se fonde sur le rituel, c'est sa valeur d'usage originelle. Avec l'apparition de la photographie, la notion de culte se trouve ébranlée. Elle crée une querelle quant à sa valeur artistique d'une part, et quant au rapport entre l'oeuvre d'art et le culte, d'autre part. L'oeuvre d'art devient alors plus autonome et se détache de sa fonction d'objet de culte.

"Al'ère de la reproductibilité technique, l'oeuvre d'art s'émancipe de sa fonction de rituel." (p.19)

 

La situation d'expert

Walter Benjamin compare la performance de l'acteur de théâtre à celle de l'acteur de cinéma pour souligner l'absence d'intéraction entre l'acteur de cinéma et le public." Le spectateur prend la situation d'un expert, dont le jugement n'est pas troublé par aucun contact personnel" On est alors loin de la contemplation et du culte.

 

La nature illusionniste du cinéma

"La nature illusionniste du cinéma est une nature au second degré; elle est le fruit du montage." (p.37)

Pour Walter Benjamin la caméra pénètre la réalité , il faut ensuite faire disparaître cet appareil, corps étranger, par des procédé techniques. La réalité représentée est donc  artificielle au possible . "Au pays de la technique de la technique, le spectacle de la réalité immédiate s'est transformée en fleur bleue introuvable".

 

L'observation du réel

Pour Walter Benjamin, le cameraman s'apparente à un chirurgien, alors que le peintre relève plus du mage, dans le sens où le cameraman pénètre en profondeur dans le réel comme pour une intervention, alors que le peintre comme un mage qui ferait  une apposition des mains garde une distance naturelle entre la réalité et lui. L'image du peintre est globale, alors que celle du cameraman se morcelle en un grand nombre de parties.

Le film permet un degré d'analyse supérieur à la peinture: la description des situations est plus précise, mais aussi au théâtre car le film permet d'isoler les éléments. Cette observation accrue du réel aboutit à une compénétration entre art et sciences, on est tiraillé entre la valeur esthétique et la valeur scientifique comme " on découpe un muscle dans un corps".

 

"La caméra nous ouvre à l'accès à l'inconscient visuel comme la psychanalyse nous ouvre l'accès à l'inconscient pulsionnel." (p.44)

 

L'effet de choc

Comme le mouvement dada qui voulait détruire l'aura de leur tableaux par "l'avilissement de la matière même de leurs oeuvres" en utilisant pour les poèmes des "détritus verbaux" ou en recouvrant le tableaux de matériaux pauvres. Ainsi ils ne laisse pas le spectateur dans la contemplation et procèdent par scandale. Pour Walter Benjamin, l'oeuvre d'art se dote alors d'une qualité tactile, une sorte d'oeuvre d'art projectile, où le récepteur est frappé, assailli par des images comme par à coups, comme devant un film. Au contraire de la peinture qui invite à la contemplation, qui abandonne le spectateur à une association d'idées, le film donne à voir des prises de vue, qui changent sans cesse, impossibles à fixer.

 

La distraction

Walter Benjamin va à l'encontre de Duhamel pour qui le cinéma est une distraction des masses qui empêche la pensée:" Je ne peux plus penser ce que je veux. Les images mouvantes se substituent à mes propres pensées." Walter Benjamin montre les vertus de la distraction. Il montre que l'oeuvre architecturale est perçue également de façon distraite et collective.

" La réception par la distraction, de plus en plus sensible aujourd'hui dans tous les domaines de l'art et symptôme elle-même d'importantes mutations de la perception, a trouvé dans le cinéma l'instrument qui se prête le mieux à son exercice." (p.50)

 

langage

J'apprécie la manière concise et claire dont use Walter Benjamin pour nous expliquer ces concepts. C'est peut être le détour par la traduction qui fait mieux véhiculer le sens, mais on se raccroche moins aux mots que dans les Dialogues de Deleuze. En même temps ces accros  dans le langage , réalisent en quelque sorte ce bégaiement si cher à Deleuze.