Christophe Honoré

Christophe Honoré nous a fait partager sa vision du cinéma. Il ne se voit pas comme quelqu’un qui créerait des images mais plutôt comme celui qui va nous montrer des plans. Pour lui l’acte artistique réside dans le fait de montrer mais pas de fabriquer ; il s’adresse au spectateur après coup. Il faut que quelque chose ait eu lieu  pour qu’il prenne acte de quelque chose. En temps que metteur en scène, réalisateur il décide de ce qu’il y a et de ce qu’il choisit de montrer et ça là où réside le geste artistique.

 

Il a ensuite brièvement esquissé une histoire du cinéma comme un cycle avec préhistoire, âge d’or et déchéance. Le cinéma a pris de l’importance au moment de la guerre par ce qu’il s’agissait de montrer les évènements. Ensuite on peut situer un âge d’or du cinéma où toute la grammaire s’invente, où l’on trouve les films les innocents.  Apres 1945, ça déchante, le cinéma ne fait plus que de témoigner, d laisser des traces, on film les camps. On quitte alors l’innocence et on entre dans un cinéma plus réflexif. Dans les années 60-70 on démonte complètement cette « grammaire ». Depuis on est dans un cinéma postmoderne et mortifère. Quant au point de vue américain, il infantilise le spectateur, l’amène à très peu de réflexion. Le cinéma européen serait plus gâteux et c’est là aussi que se situe Honoré lui-même, dans une nostalgie de la Nouvelle Vague.

Il nous a présenté des extraits de quelques films : un film taïwanais YiYi, Flesh d’ Andy Warhol. Dans le premier il montre comment se joue des clichés publicitaires. Le film commence par une présentation de la famille où le cinéaste adopte le point de vue de vue d’une photo de groupe. En vendant une famille avec quelques plans stéréotypés on est vraiment dans l’optique des publicités des années 80. On est dans ce côté publicitaire dès que l’on fait en sorte que le spectateur reconnaisse ce qu’on lui montre. Cependant ces par des décalages que le cinéaste ici arrive à pervertir un peu cette présentation : le petit garçon n’est jamais là où il faut, il ne trouve pas sa place. Ainsi Honoré montre que le rôle du cinéaste est dans ce qu’il montre et pas dans l’image qu’il fabrique.

 

Dans un second temps, il interroge la durée au cinéma avec un extrait de Flesh d’Andy Warhol. On est de plus en plus habitué au cinéma ou dans les téléfilms à voir des plans très courts. Ici l’extrait est un plan fixe de 3 min de quelqu’un qui dort. On sort alors du rapport habituel au plan, il y a autre chose à voir. Le point de vue devient dérangeant. La scène est embarrassante parce qu’elle assigne une place au spectateur.